Le froid me pénètre les entrailles, mais je ne bouge pas. Je reste là à regarder la Lune. Ainsi que la nuit qui est aussi noir que mon humeur. Je reste là, sans bouger. Je ne sais pas exactement depuis combien de temps je suis installer ici. Je sais juste que cela fait un bout de temps que je fixe sans ciller cet océan d'étoile tout en frissonnant de froid. Mais je ne peux détacher mon regard de cette splendeur. Les pieds balançant dans le vide, les mains entourant mes épaules je regarde la Lune. Essayant de ne plus penser à rien.
De là où je suis, je peux apercevoir les lumières de la ville voisine, une ville qui parait si loin, mais qui n'est pourtant qu'à cinq kilomètres d'ici. Enfin je pense. Je n'ai jamais eu le compas dans l'oeil comme on dit.
De milliers de petites lumières orange et blanches, qui viennent se refléter sur la Seine chaque soir. Un joli spectacle qui m'aurait autre fois fait sourire. Mais plus maintenant. Pas aujourd'hui.
Ce soir, je suis obnubilée par le vide immense qui est sous mes pieds. Ce vide qui me paraît si attirant. Surtout ce soir.
Sa voix reste ancrée dans ma tête. Ses yeux d'un marron pétillant reviennent sans cesse dans mon esprit. Impossible de l'oublier. Dès que je ferme les yeux je pense à lui. Cette vision m'est insupportable. Chaque fois que je croise son regard, je détourne les yeux. Pas par peur, ni par honte: par tristesse. Tout simplement par tristesse.
Lorsque je croise son regard une vague de mélancolie m'envahie. Et je reste figée sans rien pouvoir lui dire. C'est beaucoup trop douloureux. Ma peine est trop forte. Je n'arrive pas à faire comme ci tout allait bien. Lui parler me fait encore trop souffrir. Alors je me terre dans un silence sans fin et je me réfugie dans mon chagrin.
Aujourd'hui, je me sens comme prisonnière de ce que je ressens pour lui... Je n'arrive toujours pas à l'oublier. Je n'aurai jamais du m'accrocher à lui comme je l'ai fais. Maintenant j'en souffre énormément. Je n'aurai jamais dû me reposer sur ses épaules, ni m'attacher à lui. Il me paraissait tellement parfait que je n'ai pas pu résister à la tentation. La tentation d'aimer et de l'être en retour. Mais ai-je vraiment été aimé? Je me pose sans cesse cette question ces derniers temps. M'a t-il vraiment aimé ? Ou ai-je simplement été un jouet pour lui...
Un alizé me ramène à la raison, et me fait frissonner à nouveau. A vrai dire, je ne porte qu'une légère chemise de nuit, bleu pale qui m'arrive juste au niveau des genoux. Et puis on ne peut pas dire que dehors il fasse très chaud. Ces derniers temps le thermomètre indique souvent -2°C la nuit. Ce qui est d'ailleurs un peu bizarre pour un début de printemps. Le temps semble aussi capricieux que mon humeur. L'ironie du sort sans doute. Je penche légèrement la tête en avant, histoire de voir entièrement le gouffre sous mes pieds.
Ce gouffre si attirant, qui ne me donne qu'une envie, aller le rejoindre. Et enfin, je me laisse submergée, je ne résiste plus. Je laisse toute cette douleur qui me bouleverse ressortir, les larmes roulent sur mes joues. Je me laisse totalement aller à cette tristesse que j'éprouve depuis tous ces longs mois, où j'ai fait semblant de vivre sans pouvoir l'oublier. Je suis parcourue de soubresauts, peut-être à cause de mes sanglots, ou peut-être parce j'ai enfin compris.
Je porte une main tremblante à mon visage, caressant toutes ces larmes, qui ne veulent rien, et tout dire à la fois. Et puis je me relève, prête à affronter...
"La renaissance ". Oui, vous savez, celle qui commence par la mort...
Voilà, je suis debout, face à ma fin. J'écarte les bras tel un ange, et me laisse tomber vers l'avant, vers la libération de ces mois douloureux.
Je ferme les yeux, je sens la brise se lever, et puis j'entends un cri, un cri de quelqu'un qui souffre, ce genre de cri qui déchire un silence de mort, comme celui qui pesait à l'instant même. Je sens qu'on me ceinture le ventre, deux bras puissants m'attrape, mais je ne veux pas! J'essaie de me débattre, mais je n'en ai pas la force. Je suis trop faible.
Je me retrouve donc à nouveau emprisonnée, enchaînée à cette triste vie qui est la mienne. Les Larmes Brouillent ma vision je ne vois donc pas le visage de mon sauveur. Je le sens me serrer dans ses bras. Je ne peux résister, je colle ma tête contre sa poitrine et y hume son odeur. Cette odeur qui me parait si familière mais si lointaine. Cette odeur que j'ai tant aimée autre fois. Mais Cette odeur qui me fait maintenant si mal. Les larmes continuent de couler sur mes joues.
Pourquoi? Pourquoi est il là ? Que vient il faire ici ? Veut-il vraiment me briser jusqu'à la fin de ma vie?
D'un coup une poussée de colère monte en moi et je me mets à donner de petits coups de poings sur son torse. Tout en lui demandant sans cesse à travers mes sanglots, d'une voix fragile: "Pourquoi ?" Il ne réagit pas et me laisse faire sans broncher. Il doit sentir qu'il l'a bien mérité. Puis il finit par saisir mes poignets. Il les sert doucement contre sa poitrine tout en baissant la tête. Il s'en veut, je le vois bien. Mais si seulement cela pouvait être si facile.
Soudain, il relève la tête et nos regards se croisent. Je peux lire dans ses yeux une profonde tristesse et un grand regret. Mais est-ce vraiment suffisant, pour calmer tout le mal qu'il m'a fait ? Et tous ses mots qui m'ont profondément blessés? Ces derniers mois ont été pour moi un véritable enfer à l'état pur. Mettre un pied en dehors de chez moi et risquer de le croiser me torturai. La souffrance que j'endurai été telle que je passais la moitié de ma journée enfermée dans ma chambre. A espérer oublier. Oublier ce qui c'était passé entre nous. Oublier la souffrance que j'éprouvais. L'oublier lui.
Pourtant, je fixe ses yeux, et toute ma tristesse s'en va. Comme ci elle n'avait jamais existé, comme ci elle n'avait pas été réelle.
Je le vois entrouvrir la bouche, comme ci il voulait me dire quelque chose. Comme ci il voulait me parler, mais que les mots n'arrivaient pas à atteindre à sa bouche. En vain il finit par la refermer. Je plisse les yeux me demandant ce qu'il voulait me dire. Voulait il encore me briser le coeur? Me dire des choses mesquines et vexantes ? Ne voulant pas affronter encore une fois ses mots blessant, je me tourne prête à partir, ne supportant plus d'être dans la même pièce que lui. Comme ci respirer le même air que lui était difficile. Ce n'est pas vraiment le cas, mais presque. Je me dégage de son étreinte. Ses bras me brûlent. Je frisonne à nouveau et m'éloigne de lui. Je peux lire à présent de la peine dans ses yeux. Une partie de moi s'en réjouit. Certains pourraient trouver cela sadique. Mais pas du tout, c'est comme une sorte de vengeance. Il m'a fait mal, je lui fais mal en retour... Si seulement c'était aussi simple...
Mais d'un autre côté ça me fait encore plus souffrir de le voir dans cet état là. Car je peux bien me raconter n'importe quoi, au fond de moi je sais que je l'aime encore... Même si je ne veux pas me l'avouer. Je me dégage donc de son étreinte et m'apprête à faire demi tour, voyant qu'il n'a rien à me dire et n'ayant aucune envie de me justifier devant lui. Mais malgré toute attente, il me retient. Je sens le contact de sa main sur mon bras. Un contact qui me brûle. Je m'arrête et ne bouge plus. Crispant la mâchoire pour ne pas dégager mon bras de sa main. A quoi bon, de toute façon il est trop fort pour moi alors pourquoi résister... Mais je ne me tourne pas vers lui pour autant. Il me contourne et vient se placer en face de moi. Mais cette fois, il semble décidé à parler. Mon coeur commence à s'emballer, que va t-il donc me dire? Le temps qui passe avance au ralentit. J'attends avec impatience et avec peur ce qu'il va me dire. Des papillons semblent avoir prit possession de mon estomac. Je patiente donc le temps qu'il se décide enfin à parler, avec une once d'appréhension. Je vois ses lèvres s'ouvrir à nouveau, j'ai peur de ce qui pourrait sortir de sa bouche... Cette bouche qui m'a tellement blessée et vexée auparavant...
Je ne sais pas si j'ai vraiment envie d'entendre ce qu'il veut me dire... Mais je ne fais rien pour l'empêcher de parler. Au contraire, j'incline légèrement la tête sur la droite et je plisse les yeux pour lui montrer que je suis tout ouïe, pour l'encourager à continuer. Je le vois hésiter une seconde encore, puis finalement il se finit par se décider et me dit d'une voix douce mais remplit de tristesse:
" Je suis désolé".
Je ne réponds pas et détourne la tête. Voir ses yeux emplit de larmes me fait ressentir de la culpabilité. Et pourtant des larmes, j'en ai versé tellement pour lui. Quelques secondes défilent lentement, je sens sa main se balader sur ma joue. Cette main si douceâtre, qui me fait à nouveau frissonner. Je le laisse faire sans réagir, n'ayant pas la force de le repousser. Il prend alors mon visage de son autre main et me relève le menton, pour me forcer à le regarder. Je ne résiste toujours pas et me laisse faire sans brocher. Il me regarde fixement sûrement pour espérer découvrir ce que je pense...
Ai-je vraiment envie de lui pardonner ? Je n'en sais rien... De plus, pourquoi lui pardonner après tout le mal qu'il m'a fait ... Qui me dit qu'il ne va pas recommencer encore une fois et me détruire encore... Malheureusement, je ne peux pas le savoir si je ne tente rien. Certes il s'excuse, mais éprouve t-il toujours les même sentiments que ceux que j'éprouve pour lui...
Ne tenant plus, je lui lance d'une voix sèche et dure, tout en fronçant les sourcils:
" Que suis-je censée comprendre ?"
Je vois une lueur d'étonnement, mon ton a sûrement dû le surprendre. Je n'ai pas l'habitude d'être aussi froide, surtout pas avec lui.
Après avoir laisser quelques minutes s'écouler, il semble enfin s'être décidé à parler d'une voix tremblante et sans vrai d'assurance il s'exclame:
" Je suis désolé de t'avoir blessé, mais je pense qu'on devrait s'oublier un peu, du moins pour le moment..." Il s'interrompt pour voir ma réaction, mais je ne bouge pas d'un cil. Donc il continue avec une voix un peu plus assurée :
" Je veux dire, on ferait mieux de ne plus penser à nous et d'être de simple amis."
Voici les mots fatals que je ne voulais pas entendre... Je me sens toute étourdie, comme ci on venait de me donner un coup de massue sur la tête.
"On ferait mieux de ne plus penser à nous et d'être de simple amis".
Ces mots se répètent sans cesse.
Voyant que je ne répondais toujours pas, il me demande:
"Alors qu'est ce que tu en penses?"
Ce que j'en pense ? Il veut vraiment que je lui réponde? J'ai envie de prendre un couteau et de lui planter en plein coeur, histoire qu'il sente la même douleur que j'ai ressentis pendant ces longs derniers mois. Et de faire de même pour moi, voilà ce que j'en pense. Ses mots me déchirent le coeur. Je prends une grande respiration et murmure lentement:
" C'est pour me dire ça que tu es venu ?"
Je vois une petite hésitation dans ses yeux, comme ci il hésitait à me dire la vérité ou à me mentir. Puis il lâche finalement:
" Oui c'est pour ça."
Je crispe la mâchoire, essayant de garder mon calme et lui lance:
" Alors tu peux repartir, nous n'avons plus rien à nous dire."
Il me regarde avec une lueur d'incompréhension dans le regard. Pourtant ce que je viens de lui dire est clair non? Je pense qu'il m'a comprise. Ce n'est pas si dur que ça non plus... Il n'y a aucun mot "intellectuel" dans cette phrase. Du moins je pense. Je finis par repousser violemment sa main de mon bras et je lui ouvre la porte, l'invitant à sortir. Après tout je ne vois pas pourquoi ce serait à moi de sortir. Il est dans ma chambre.
Ne s'attendant pas du tout à ce que je réagisse comme ça, il me lance un regard interrogatoire. Voyant mon air froid il commence à saisir:
"S'il te plaît, ne fait pas ça. Accepte cette amitié. Ne me repousse pas..."
Mais je ne peux pas... Je ne peux pas le voir comme un simple ami... Cela me ferait encore plus mal. Donc je ne lui réponds pas et je continue à lui indiquer la porte. Il se dirige donc vers la porte d'un pas incertain. Se retourne une dernière fois vers moi et me dit:
"Tu es sûre que c'est ce que tu veux ? "
Suis-je vraiment sûre, A vrai dire je n'en sais rien... Je n'arrive pas à me décider. Mais je ne pourrais jamais l'aimer comme un simple ami... C'est certain... Alors j'acquiesce d'un signe de tête. Il sort donc de ma chambre et je ferme aussitôt la porte derrière lui. Je reste sans bouger quelques minutes puis j'éclate en sanglot et me laisse glisser le dos contre la porte.
Réalisant enfin que je viens de perdre l'amour de ma vie, je me laisse tomber sous le poids de mon désespoir. Ne tenant plus en place je prends un couteau et je le positionne sur l'un de mes poignets. Pile à l'endroit où se tenait sa main quelques secondes plus tôt, et j'appuie sur la lame sans aucune douceur. Ensuite je fais de même sur mon autre poignet. Pendant les premières minutes, je me sens normale, bien que mes poignets me fassent souffrir. Mais le manque de sang me fait vite me sentir mal. Les minutes passent comme de longue heure. J'agonise doucement, trop lentement à mon goût. Puis je finis par m'effondrer sans force, mais cette fois personne n'est là pour me sauver...
Texte by Me